À l’ère de l’intelligence artificielle, rafraîchissez-vous avec un texte écrit de ma propre plume assez libre et volubile merci (il y a j’avoue beaucoup de dérive des règles du français dont je m’applique habituellement à suivre strictement, mais pas ici), avec juste assez de sarcasme, d’humour, d’expériences de vie et de professionnalisme pour le rendre, je crois…, intéressant à lire. Je vous propose de le lire du début à la fin sans sauter de questions car il y a des insides en lien avec des réponses précédentes. Bonne lecture !!! P.S. Ne comptez pas le nombre d’apparition du mot “chauffé” dans ce texte, vous allez vous épuiser.
Qu’est-ce qu’un miel brut ? Ça commence fort ! À ce stade de ma carrière, j’ai quand même assez cassé les oreilles de tout le monde avec ça, alors vous devriez le savoir. Ou pas. Mais voilà : c’est un miel qui a été traité sans utiliser la chaleur à aucune étape de sa transformation, et qui n’a pas été filtré (seulement tamisé pour enlever les particules qui se sont ajoutées au miel lors des étapes d’extraction). Le pollen, la propolis, les particules de cire, les enzymes, les levures et les arômes (alouette !) demeurent intacts, comme c’est dans la ruche, ce qui en fait le seul miel intégral disponible sur le marché. Hé oui !
Est-ce qu’un miel non pasteurisé est un miel brut ? Noooon, un miel non pasteurisé a été chauffé à des températures allant de 35°C à 65-70°C, ce qui diminue voire élimine ses qualités enzymatiques, aromatiques et levuriques, sensibles à la chaleur. Il n’y a pas de miracle : on chauffe, on perd au change. De plus, ces miels sont filtrés (filtre = suppression des éléments intrinsèques du miel; tamis = suppression des éléments ajoutés malencontreusement au miel à l’extraction. Compris ?). Pour avoir un miel extrait à froid et non filtré, il doit être extrait à froid et… non filtré (et il est vendu à l’état cristallisé, ce qui rebute les gens de type liquide. Ouais.) Donc un miel non pasteurisé n'est pas systématiquement un miel brut, mais un miel brut est un miel non pasteurisé. Vous vous souvenez de la théorie des ensembles en mathématique de la petite école avec les diagrammes de Venn ? C’est ça.
Je croyais que c’était seulement le miel pasteurisé qui était chauffé ? Comment dire sans le dire… ? Non. Seul le miel brut est non chauffé. Le miel non pasteurisé et le miel pasteurisé le sont. Le miel pasteurisé est chauffé à plus haute température, soit au-delà de 65-70°C (à la limite, on ne devrait même plus nommer ce produit du miel à ce stade… mais bon). Êtes-vous mêlés dans tout ça ? Y’a pas de mal, c’est effectivement mêlant, et c’est peut-être voulu ainsi. Quand le consommateur est perdu, il va vers les valeurs sures : le miel liquide !!
Qu’est-ce qu’un miel bio ? Ah, ha. Là c’est la question qui divise : « Ça existe même pas le miel bio ! », « C’est impossible de savoir où les abeilles vont butiner ! », « Pfff, les abeilles volent vraiment plus loin que 3 km autour des ruches… », « ils certifient vraiment n’importe quoi le monde du bio ! », « C’est yien qu’une patente pour faire de l’argent » (en passant, je vous invite à lire mon blog à ce propos. Il démystifie tout ça). Hé oui, je les ai toutes entendues les doléances de tout le monde : les jaloux, les ignorants et comme dans la théorie des ensembles : les jaloux ET les ignorants. Mais ne t’en déplaise Chose, ça existe le miel bio, et c’est bien contrôlé (et je peux te confirmer que s’il y a quelqu’un qui fait de l’argent avec ça, c’est pas moi !) Un miel certifié bio, c’est un miel rencontrant les normes canadiennes de production biologique (une des normes les plus sévères au monde, la preuve : on est juste 8 au Québec. Sigh.) C'est un miel qui a été fait par les abeilles dans un environnement exempt, ou presque, de pesticides (la presque totalité du 3 km de rayon autour des ruchers). C’est aussi un miel qui a été transformé par l’apiculteur en suivant une régie apicole exemplaire (à faire rougir les théoriciens) et dont les abeilles sont traitées avec soin. Les traitements contre les maladies et parasites sont faits avec des produits organiques, jamais de produits de synthèse, ni d’antibiotiques. Les abeilles provenant d’une régie biologique ne sont pas exploitées pour faire de la pollinisation commerciale, elles sont stationnaires, dans un environnement sauvage. Le miel certifié bio est donc un miel qui provient d’une apiculture saine, en respect des abeilles et dont la qualité est directement reliée au terroir avec quantités très limitées de pesticides et de polluants. Si tu n’y crois pas, il y a pour toi du miel non bio à ne plus savoir quoi en faire ! Viens surtout pas encourager ce type d’apiculture utopique ! Iscchhhh.
Faut-il mettre le miel au frigo ou le garder sur le comptoir ? Comptoir est le mot d’ordre. Si ce n’est pas un comptoir, ça peut être une tablette (…), mais idéalement, c’est la température pièce qu’il faut viser (sous les 23°C), dans un contenant étanche, à l’abri de la lumière (c’est pourquoi je n’ai pas de fenêtres dans ma boutique, clever non ? Ça m’arrive de réfléchir parfois). Pour une qualité optimale pour une longue période (plus de deux ans disons) ou si on anticipe une chaleur élevée à l’endroit où est conservé le miel, on peut le transférer au congélateur. On peut l’en ressortir, puis le remettre, puis l’en ressortir de nouveau, et ainsi de suite, et ce sans compter. Le miel n’est pas « r’gardant » sur le froid. Du moins, pour sa qualité. En tout temps, il faut éviter de garder son miel brut à une température dépassant les 23 °C, faute de quoi il changera de texture et déphasera (une partie liquide se formera à la surface qui elle, finira par fermenter, et c’est le début de la fin, à moins d’en faire un hydromel. Pas mal comme plan B quand même).
Est-ce que le miel brut est capricieux ? Oh. Que. Oui !! Le miel brut est la princesse des miels, de la lignée de la plus haute monarchie, qui demande des soins dont le miel liquide se fout éperdument… En tous les cas, on peut facilement faire un « reset » sur un miel non pasteurisé standard en le chauffant, le réchauffant, et le re-réchauffant : il redeviendra à tout coups liquide, limpide, attractif. De la poudre aux yeux ! À l’opposé, on ne peut rien faire pour « ramener » un miel brut qui s’est transformé par des conditions non optimales d’entreposage, de traitement, ou simplement par que les astres n’étaient pas parfaitement alignés… Oui, c’est bête de même du miel brut ! Il faut donc constamment prévenir, autant de notre côté comme apiculteur-transformateur qu’après la vente. Comment ? De notre côté, en apprenant constamment sur les caprices et exigences du miel brut à la transformation; en invoquant les dieux apicoles; en visant la température parfaite de cristallisation (et constatant avec frayeur qu’on n’y arrive pas car la marge de manœuvre est infinitésimale !!); en mettant tout en pots dès l’extraction car sinon ça cristallise (ça “vire en sucre” comme disent les non savants qui pensent que le cristallisation du miel c’est ce pain de sucre pas trop ragoûtant issu du miel chauffé qu’ils ont acheté à l’épicerie) puis impossible de mettre en pots plus tard; en gardant le miel mis en pots à la bonne température; en refusant de faire des marchés en plein-air l’été car si la température dépasse les 23 degrés Celsius, ou si on nous a donné un spot exposé au soleil, on perd tout; puis en priant pour espérer avoir toutes les conditions gagnantes… (et non sans se dire que ce serait « don bin » plus facile de faire du miel liquide). Et après la vente...? Car oui, nous nous soucions de notre protégé bien au-delà du moment où il quitte la miellerie. Hé bien, c’est en informant le consommateur de ne pas laisser un pot de miel dans la voiture en été; de trimballer le sac comme un enfant d’ici à ce qu’il arrive à la maison s’il a d’autres commissions à faire entre-temps; en lui rappelant de ne pas prendre pour acquis que l’armoire du chalet a toujours une température sous les 23°C; en lui disant de mettre le miel au congélateur au moindre signe de début de fermentation (car hé oui, malgré nos bons soins, y’a quand même possibilité que des petites levures actives comiques se soient frayées un chemin jusqu’au pot et qu’elles s’amusent à se multiplier malgré le bas taux d’humidité ! C’est fort la vie…); en lui rappelant que le contenant doit être bien refermé étanche entre chaque ouverture. Mais surtout, surtout ! de le consommer avec respect en lui rendant grâce. Oui, respect.
Est-ce que le miel devient périmé après un certain temps ? Oui, et non. Un miel conservé dans des conditions parfaites restera comestible… presque toujours (du miel trouvé en Égypte dans des amphores étanches datant de quelques milliers d'années était toujours comestible apparemment). Mais bon, ces conditions ne sont pas vraiment reproductibles, et j’avoue que je ne fais pas un miel dans le but qu’il soit consommé dans deux milles ans. Le miel se dégradera plus ou moins vite selon s'il a été chauffé et à quel niveau, comment il est manipulé, transporté, extrait, entreposé, etc. Il est convenu de façon générale de consommer le miel dans les deux ans suivant sa fabrication pour bénéficier de ses meilleures qualités. Bien évidemment, après deux ans, on ne le met pas à la poubelle : il est encore bon bon bon ! Surtout un miel brut qui n’a pas eu les HMF dans le plafond en débutant sa vie comme pour le miel chauffé.
Qu'est-ce qu'un miel périmé en fait ? Il faut dissocier miel périmé et miel de mauvaise qualité. Un miel périmé est (attention, c’est une longue phrase) un miel qui a développé trop de produits chimiques par la dégradation naturelle des sucres monosaccharides en milieu acide avec le temps (et/ou avec le chauffage), et ce particulièrement pour le fructose (maintenant vous pouvez respirer). On nomme ces molécules de dégradation des sucres : des HMF (hydroxyméthylfurfural. Ça c’est du mot au Scrabble, imaginez sur un Mot compte triple). Ce n'est pas vraiment dangereux pour la santé à faibles doses comme dans le cas de la consommation du miel, mais cela transforme considérablement les caractéristiques de celui-ci. Pourquoi acheter du miel top qualité quand on peut acheter des hydroxyméthylfurfural pour moins cher ?
Le miel que nous consommons contient-il des HMF ? Oui, même dans la ruche le processus de dégradation des sucres s'est amorcé. Mais en Amérique du Nord, nous sommes les champions des HMF dans le miel !! Une étude scientifique, rien de moins, a conclu ceci en 1990 : « On trouve beaucoup de miels riches en HMF sur le marché nord-américain et avec des teneurs dépassant largement les normes européennes ». Mais heureusement pas pour tous les miels nord-américains, lisez la question suivante.
Pourquoi le miel nord-américain est-il si concentré en HMF ? Parce que nous sommes les pires consommateurs de miel du monde depuis longtemps : nous le voulons liquide, sans égard à sa qualité, et sans égard à ses origines et sa structure physique normale. Du miel, c'est cristallisé, mais on le veut liquide. Et la seule façon de conserver un miel liquide est de le chauffer, et ce plusieurs fois, pour éliminer toutes les microparticules qui sont catalyseurs de la cristallisation naturelle du miel. Autrement dit, on se bat constamment contre sa nature, qui revient toujours au galop !! Selon un gradient dépendant du traitement thermique effectué par l’apiculteur, le miel peut finir par « goûter les HMF » en raison de ce chauffage répété et/ou élevé, et les gens l’apprécient quand même car c’est un goût caramélisé standard d’un miel à l’autre (provenant de la réaction de Maillard). À leur défense, beaucoup de consommateurs de miel ne veulent seulement qu’un produit sucrant en fait, ce qui donne toutes les permissions à liquéfier le miel sans compromis. Et au passage, ça permet de diminuer les coûts de production. Yeah ! Sérieusement, j’aime croire que bientôt, comme l’évolution de notre raffinement pour le vin, la bière et le fromage au Québec, une partie des consommateurs demanderont des miels différents, aromatiques, uniques, du terroir et… extraits à froid !
Est-ce que le miel artisanal vs le miel commercial comporte des différences ? Heureusement, oui ! Et cela a été étudié. Dans la majorité des cas, le miel directement vendu par le producteur, autant en Europe qu'en Amérique du Nord, contient moins de HMF que le miel « du commerce ». Mais c’est quoi en fait du miel artisanal ? Est-ce que le miel se limite à deux groupes : le miel artisanal et le miel du commerce ? Non. Alors, où est la ligne qui sépare les apiculteurs fabriquant le miel ultra-transformé, le miel chauffé et re-chauffé encore et encore, le miel non pasteurisé sous 40°C traité une seule petite fois lors de l’extraction, et le vrai miel artisanal extrait à froid ? Je ne sais pas… alors comment peut savoir le consommateur ?? Un miel se présente liquide, comment savoir s’il a été destroyed à sa transformation à part faire des analyses chimiques ? La solution : l’acheter cristallisé, avec une belle texture homogène, est une garantie de qualité de traitement par l’apiculteur. Ici, en Amérique du Nord et bien sûr au Québec, la plupart des apiculteurs, petits et gros, offrent aux consommateurs du miel non-pasteurisé standard, un miel liquide (vous commencez à le comprendre rendus ici dans la lecture…?) Les équipements standards de production sont faits ainsi, il y a des parties chauffantes à plusieurs étapes. Peut-on alors parler de miel artisanal ? Au consommateur de juger. Si ce n’est par la connaissance et la compréhension des méthodes de l’apiculteur pour transformer son miel qu’il peut juger, le consommateur averti finira par le goûter. Oui, le goûter, et constater comment un miel minimalement transformé explose de fins arômes.
Pourquoi as-tu décidé de faire du miel brut alors que c'est à contre-courant ? Parce que c'est le chemin le plus direct pour la maison des fous...? Ou peut-être plutôt parce que je veux offrir un miel différent à une certaine clientèle ouverte à ce retour à la source? Par conviction, ça c'est certain. Pas pour suivre une mode, une tendance, un nouveau besoin ou parce que le voisin le fait (yikes!). Par conviction. Point. J'ai démarré en apiculture en 2016 en faisant du miel brut, ça dit tout.
Que veut dire miel non pasteurisé, et comment c’est différent du miel pasteurisé ? D’abord, sachons que la pasteurisation est le chauffage du miel à température élevée (plus de 65-70°C) pour détruire les levures qu’il contient naturellement, de même que pour garder le miel liquide le plus longtemps possible. Rien à voir avec la vraie pasteurisation telle que Louis Pasteur en a développé les principes. C’est une technique d’aseptisation inutile dans nos conditions sanitaires apicoles, souvent effectuée par des grossistes en miel pour en faire un produit hautement standardisé, facile à manipuler, même après un long entreposage et transport en vrac. Disons-le-nous : le seul vrai « danger » qui peut se trouver dans le miel, à part développer un diabète si on a la cuillère pesante, c’est la présence de spores de botulisme. Inoffensifs pour l’adulte et l’enfant avec un microbiome bien implanté, ces spores peuvent cependant se développer dans les intestins moins protégés d’un enfant de moins d’un an et engendrer la maladie, la plupart du temps mortelle. Mais savez quoi ? La pasteurisation ne détruit même pas ces spores !! C’est pourquoi on avise les parents de bambins de moins d’un an de ne pas consommer de miel, même celui pasteurisé. En plus de ne rien apporter au niveau sanitaire, la pasteurisation du miel a pour conséquences de diminuer sa qualité et de lui faire perdre ses merveilleuses propriétés thérapeutiques. Rendu là, est-ce qu’on appelle ça encore du miel ? Je vous laisse y penser et en discuter au souper familial dimanche prochain. Maintenant, en lien avec l’histoire de la pasteurisation : le miel non pasteurisé (et brut) peut-il développer des bactéries ? De façon presque générale, non, le miel est un milieu acide beaucoup trop inhospitalier pour la plupart des bactéries. Et les levures ? Oui, il en contient tout plein, touuuuuuut plein ! Par contre, à leurs défenses les pauvres, les levures dans un miel sain sont des levures amies – des probiotiques – et ne se multiplient (généralement) pas sans eau. Si le miel est conditionné en ruches dans des conditions pas trop humides par les abeilles (ce qui n’est pas toujours le cas, j’en suis une bien malheureuse témoin), puis a ensuite été bien traité par l'apiculteur, son pourcentage d'humidité se situe sous les 17,5%, ce qui est (normalement) trop sec pour permettre le développement des levures. En autre cas, le miel fermentera. Donc, pour revenir à la question initiale (parce que oui, je m’écarte un peu parfois, mon cerveau va dans tous les sens et mes doigts suivent sur le clavier à mon grand désarroi), un miel non-pasteurisé est un miel chauffé sous le seuil de pasteurisation, soit entre 35°C et 65-70°C, ce qui a pour effet de détruire en tout ou en partie ses précieuses enzymes et d’altérer ses arômes délicats, mais en moindre mesure que le miel pasteurisé. Le seul miel non chauffé est le miel brut. Oui, voilà, j’ai fini par répondre à la question…
Pourquoi les enzymes présentes naturellement dans le miel sont si précieuses ? Ce sont à elles que sont attribuées les vertus thérapeutiques du miel. Un miel chauffé ne possède plus toutes ses propriétés thérapeutiques car ses enzymes ont été en partie ou en totalité détruites. De plus, puisque ces enzymes sont sensibles à la chaleur, leur présence ou absence dans un miel analysé pour sa qualité est un indicateur du chauffage de ce miel. L’alimentation vivante est maintenant prônée depuis que l’on connaît ses énormes bienfaits sur la flore intestinale. Le miel brut fait partie de cette alimentation vivante grâce aux levures et enzymes qu’il contient, étant même le seul sucre à en faire partie. Gna !
Pourquoi un miel cristallise-t-il ? Le miel est sursaturé en sucres, composé de glucose et fructose en majorité, avec des proportions qui varient selon l'origine botanique du nectar butiné par les abeilles. Le glucose est plus prompt à cristalliser que le fructose, de sorte que la variété de miel (sa proportion de glucose) déterminera la vitesse de cristallisation. Plus le miel contient du glucose, plus il aura tendance à cristalliser vite et ferme. C'est un processus normal, naturel et garant d’un miel de qualité brute. Mais soyez vigilants : un miel cristallisé naturellement aura une consistance plus ou moins crémeuse, à granules plus ou moins fines et homogènes. La cristallisation naturelle d’un miel brut ne fait pas des « grosses granules » de sucre, souvent issues de la cristallisation lente à la suite d’un chauffage du miel pour le garder liquide plus longtemps (un miel finit toujours par cristalliser puisque sa composition tend vers la cristallisation, chauffé ou non).
En combien de temps un miel brut cristallise-t-il ? Cela varie en fonction de la teneur en glucose du miel (donc la provenance botanique du nectar butiné par les abeilles), mais cela peut aller de quelques jours à plusieurs mois. Ici, on fait tout pour accélérer le processus et offrir un miel déjà cristallisé. Lorsque le miel entame son processus de cristallisation, il passe d’une phase liquide claire à une phase liquide moins limpide, puis trouble et hétérogène, pour enfin cristalliser assez uniformément. La période intérimaire n’est pas chic aux yeux du non-initié… Mais c’est un passage obligé entre la phase liquide et la phase cristallisée. On craint que le consommateur moins informé vive mal cette période… donc on souhaite que la cristallisation se fasse chez nous, pas chez vous. Une température plus basse durant ce passage aura tendance à faire des cristaux plus fins (parce que la cristallisation sera plus rapide).
Si je veux consommer mon miel brut de façon liquide comme à sa mise en pots, comment faire une fois cristallisé ? D’abord la question : pourquoi vouloir un miel liquide…? À part y tremper des rondelles d’oignons, le miel cristallisé remplace très bien le miel liquide, et souvent même mieux, à bien des égards gastronomiques. Mais si vous le voulez vraiment liquide (ou plutôt très souple car il ne deviendra pas limpide à basse température), la meilleure méthode pour liquéfier le miel brut est le bain-marie d’eau chaude (max. 35°C), très doucement, en brassant constamment car le miel distribue très mal la chaleur de sorte que les côtés exposés à l’eau chaude sur les parois seront souples bien avant que la chaleur se rende au centre du miel. Sortez-le du bain-marie dès qu'il est assoupli. Sachez aussi qu’un miel cristallisé naturellement pourra être ramolli facilement (pour tartiner par exemple, ou faire une vinaigrette) en remuant simplement à la cuillère une petite quantité de miel à la fois directement dans le pot ou dans un autre petit contenant, comme un beurre manié si on veut. Il prendra une texture de caramel, peu importe comment ferme il était dans la pot. Le micro-ondes est à éviter autant que possible car il dégrade les enzymes et les arômes.
Est-ce vrai que l’on doit manger le miel avec une cuillère de bois ? Avec tout le respect que j’ai pour mes clients, je ne peux quand même m’empêcher de prendre un moment, et une bonne respiration de sagesse, avant de répondre à chaque fois qu’on me pose la question… Mais là, arrêtez ! Ça suffit ! C’est complètement faux ! Comment une fausse information peut-elle se propager avec autant de conviction… comment ? Ce texte a dû être écrit en 1674, alors que les ustensiles (les couverts, comme disent nos cousins français) étaient en argent, en plomb et en fer. Peut-être que ces métaux agissent sur les enzymes du miel. Peut-être. Mais comment ce texte a-t-il traversé la toile du web dans les années 2000 et ce sans critique ??? À moins que vous mangiez encore avec l’argenterie de votre arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère, nul besoin de troquer votre cuillère de tous les jours (en stainless, soit dit en passant, comme tous nos équipements à la miellerie d’ailleurs), pour une cuillère de bois râpeuse et désagréable pour consommer votre miel à la maison. Pouah !
Qu'est-ce qu'un miel de mauvaise qualité ? Il y a tout un tas de réponses ! En voici un bon éventail :
(1) D'abord, un miel contenant trop de HMF (au-delà de la norme internationale) est considéré dénaturé par le Codex Alimentarius (ce n’est pas le nom d’une maladie, mais bien celui du grand livre des normes alimentaires mondiales). C’est aussi un miel qu’on dit surchauffé. Bien qu'ayant peu de risques pour la santé, ce miel ne rencontre plus les qualités qui le caractérisent et pour lesquelles on élève des abeilles a priori. Il a souvent un goût bien perceptible de caramélisation, trop souvent présent dans les miels.
(2) Le miel fermenté. Si la teneur en humidité du miel est trop élevée lors de sa mise en pots par rapport aux levures présentes naturellement, il fermentera. Les risques pour la santé sont nuls si le miel est sain (ce sont des levures amies, soit des probiotiques), mais mineurs si le miel est de moindre qualité (autres types de levures que celles intrinsèques au miel). Il développe un goût aigre au début (quoi que certaines personnes l’aiment ainsi), puis un goût d’alcool quand la fermentation est avancée. Un miel fermenté à un stade primaire pourra alors être chauffé pour être utilisé en cuisson si désiré.
(3) Le miel déphasé : la partie cristallisée se retrouve au fond du pot (le glucose) et la partie liquide couvre le dessus (les autres sucres dont le fructose, l’eau et les autres éléments du miel). C’est que la structure cristalline des sucres est dénaturée, souvent engendrée par la chaleur ou un surplus d’humidité. Il peut être mis au bain-marie pour retrouver une seule phase et être ensuite utilisé en cuisine. Le déphasage peut entraîner la fermentation en raison de la forte teneur en eau de la phase liquide
(4) Le miel contrefait ou adultéré : malheureusement, ça existe, et pas mal à part ça ! Et pas moyen de le savoir à moins de faire des analyses chimiques… et encore ! Achetez directement de l’apiculteur local pour éviter cette malheureuse réalité. Ça règle le problème.
(5) Le miel provenant d’autres sources que le nectar. Oui, les abeilles butinent sur toutes les sources de sucres lorsqu’elles les trouvent : même les boissons gazeuses laissées dans les poubelles. J’ai un souvenir d’une telle situation. Je marchais sur la rue Viger à Montréal. Au bord de la rue, il y a cette poubelle qui déborde dont ce verre de Burger King qu’elles avaient choisi de vider de son contenu douteux de liquide sucré ! J’ai eu une pensée pour l’apiculteur qui a récolté ce miel, et pour ses consommateurs qui l’ont acheté par la suite. Donc, les miels provenant de sources autres que le nectar des fleurs ne sont pas des miels (même s’ils sont vendus comme tels, à la connaissance ou non de l’apiculteur sans soucis). Comment savoir, vous, comme consommateurs ? Informez-vous sur la localisation du rucher. Un miel urbain… ? Hum, je sourcille. Je doute de la qualité systématique du miel urbain, mais si vous tenez à vous en procurer, assurez-vous que la ressource florale est abondante dans l’environnement des ruches car en ville, les abeilles butineront toutes substances sucrées sous la main (ou la patte !) qui ne s’apparentent pas toujours à du nectar de fleurs. Comme un dépôt de sucre lessivé en transition perpétuelle au port de Québec qui buzz d’abeilles… si près de beaux bâtiments historiques avec des ruches sur leurs toits. Bucolique.
(6) Le miel pollué : que ce soit en raison d’usines présentes dans le rayon de butinage, d’azote provenant du milieu agricole ou tout simplement de pesticides agricoles ou domestiques, il arrive qu’un miel soit pollué. Encore là, vérifiez la provenance du miel et la localisation du rucher.
(7) Le miel absorbant des arômes indésirables : fumée utilisée par l’apiculteur, produits chimiques utilisés pour les traitements antiparasites des abeilles, vieux cadres de ruche donnant un goût de « couvain » au miel, contenant inadéquat, contact avec des vapeurs d’essence, etc. Il y a plusieurs sources d’arômes parasites dans le miel.
(8) Et croyez-le ou non, un miel fait dans des conditions insalubres. Eurk.
Mais avez-vous du miel liquide ? Même après ce long exposé que je fais régulièrement en boutique ou en marché, certains clients subjugués (clueless comme disent mes enfants adultes) me demandent : « Mais avez-vous du vrai miel ? ». Et moi de répondre, plus du tout étonnée après ces années : « Non, désolée, je n’ai pas de vrai miel… »